Peter Nagy

Peter Nagy intronisé au Temple de la renommée de l’ACBL lors du NABC de Toronto, en juillet 2017.

Peter Nagy, décédé en 2003 à l’âge de 60 ans, a été sélectionné pour le von Zedtwitz Award, qui honore les joueurs de haut niveau de leur temps, et qui sont décédés ou inactifs.

Né en Hongrie, il est arrivé à Montréal en 1957, fuyant son pays natal pendant une période tumultueuse dans son pays. Il ne parlait ni français ni anglais, mais il a rapidement appris et s’est hissé au sommet de sa classe.

Peter Nagy a obtenu 4 titres NABC entre les années 1978 et 1995, incluant le Vanderbilt en 1993, en plus du CNTC en 1980 et 1981. Il a aussi été membre du Bureau des gouverneurs de l’ACBL, représentant le District 1 (Est du Canada) de 1979 à 1982.

      Souvenirs de George Retek

En novembre 1956, les chars soviétiques et l’armée avaient tué des milliers d’étudiants et de citoyens afin de rétablir le pouvoir soviétique en Hongrie suite à une révolution sans précédent dans le bloc communiste. Cet événement a obligé environ 200 000 personnes à fuir leur pays natal. La perte de la Hongrie est devenue un grand gain pour le Canada, les États-Unis et en fait pour le monde. L’un de ces réfugiés était Peter Nagy qui, à l’âge de 15 ans, est arrivé à Montréal avec son oncle Thomas Gural. Il était le «petit» parmi nous, car nous étions tous étudiants à l’université. Son divertissement du samedi soir pendant ces premières années était de regarder nos Canadiens bien-aimés jouer au hockey à la télévision en noir et blanc de Tom.
 
Au moment où il est obtient son diplôme du secondaire, cet enfant immigrant, qui ne pouvait parler un mot d’anglais ou de français en 1957, est devenu valédictorien de sa classe en fin d’année. Il a terminé avec les notes les plus élevées dans toute la province de Québec, obtenant ainsi une bourse de 4 ans à l’Université de Princeton.
 
Indépendant pour la première fois, il a embrassé la vie étudiante, en particulier les activités extra-scolaires. Il commence à s’adonner au bridge, et ce jeu prend le dessus sur ses études, à tel point qu’à la fin de l’année, on lui a demandé de quitter l’Université. À son honneur, des années plus tard, il est revenu à Princeton et a obtenu un diplôme avec succès mais le bridge était devenu sa passion.
 
De retour à Montréal, notre «grand bridgeur» Sam Gold a été son mentor. Il a formé un partenariat avec un autre montréalais prometteur, Eric Kokish, qui est devenu l’entraîneur de bridge le plus connu au monde. Le partenariat Kokish-Nagy a duré plusieurs années, culminant avec une médaille d’argent au Championnat mondial de paires en 1978 à la Nouvelle-Orléans. Ma femme et moi étions là pour les encourager et je prends toute la responsabilité de l’avoir «kibitzé» de façon inadéquate, nuisant à la conquête de l’or. En 1977, Kokish-Nagy ont remporté le I.B.P.A. pour la meilleure enchère et en 1980 le prix Bols Brilliancy.
 
Pete a vécu à Montréal où j’ai essayé de le convaincre de poursuivre ses études et de devenir un comptable agréé. Ai-je déjà mentionné que Peter était brillant? Après quelques années, il a quitté la comptabilité pour devenir un commerçant de commodités … et millionnaire. Les États-Unis lui ont été favorables, y rencontrant sa femme Donna et y fondant une famille. Son fils David est devenu professeur-adjoint.
 
Peter a remporté de nombreux titres du Championnat nord-américain en jouant avec différents partenaires. Ironiquement, il a remporté une autre médaille d’argent aux championnats du monde de 1990, représentant les États-Unis cette fois-ci.
 
Il était toujours très amical et gentil. Ses compétences analytiques et sa connaissance du jeu étaient phénoménales. Néanmoins, à un moment où nous discutons le livre de Geza Ottlik Adventures in card play, Peter a fait remarquer qu’il avait de la difficulté à suivre. «Enfin … dis-je un peu à la blague, on est dans la même gang».
 
Sa carrière de bridge fait l’envie de la plupart des joueurs, remportant de nombreux championnats canadiens et nord-américains en plus de deux médailles d’argent et une médaille de bronze aux championnats du monde. Il a vécu ses dernières années à Las Vegas en faisant ce qu’il aimait le plus: jouer aux cartes.
 
Peter sera intronisé au Temple de la renommée de l’ACBL le 20 juillet 2017 lors du NABC qui se déroulera à Toronto.
 
Repose en paix, Peter. Les joueurs de Montréal resteront fiers de toi et se souviendront de ton héritage.